Quel est le point commun entre la Tate Modern de Herzog & de Meuron à Londres, la Fábrica de Ricardo Bofill à Barcelone et l’Auditorium Paganini de Renzo Piano à Parme ? Facile ! La réponse se trouve en effet dans le titre : ces lieux emblématiques sont nés dans des friches industrielles.

 

Des exemples de l’étonnante capacité de reconversion offerte par ces constructions laissées à l’abandon au coeur ou en périphérie de villes. Mais que sont exactement ces friches dont tout le monde parle ? Pourquoi sont-elles devenues tendance ? Et surtout en quoi sont-elles au coeur de la réflexion sur les usages de la ville de demain ?  Le Grand Réservoir décrypte.

La Tate Modern de Herzog & de Meuron ©Tate Galleries

 

Qu’entend-on par “friche industrielle”

 

Au même titre que la “destruction” et la “reproduction” dans l’Art moderne, la transformation se pense comme un acte créatif; une théorie qui s’applique tout particulièrement à l’architecture et aux aménagements d’espaces.  Faut-il démolir pour construire ? Une question contemporaine qui interroge le sujet de la réhabilitation des bâtiments pré-existants, tels que les friches industrielles.

 

Historiquement instaurée pour des raisons d’ordre pratique, la transformation d’usage (ou reprogrammation) d’un lieu évolue et représente un enjeu sociétal et économique. Véritables palimpsestes urbains, les projets de récupération des friches incarnent le nouveau visage du renouvellement de la ville et participent à sa “réinvention” : le défi architectural du XXIè siècle.

 

Après la seconde guerre mondiale, en Angleterre, de multiples usines laissées à l’abandon sont détruites. C’est en réponse à ces actes de démolitions massives que naît le mouvement de défense du patrimoine industriel. Ces lieux inexploités et vacants, stigmates d’un passé économique consumé, se situent principalement en zones urbaines et sont identifiés et qualifiés par le terme de “friche industrielle”. 

La Fábrica de Ricardo Bofill © Courtesy of Ricardo Bofill Taller de Arquitectura

 

L’ADEME (Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Énergie) estime qu’en France 150 000 hectares de friches étaient disponibles en 2015 ; autant d’espace mis à disposition de collectifs, associations et programmateurs urbains, généralement avant qu’un projet plus pérenne ne se constitue. Un partenariat win-win pour les propriétaires de ses lieux abandonnés leur permettant de déléguer un gardiennage et entretien coûteux tout en valorisant leurs assets sur le marché immobilier. «Ce sont des lieux qui nous appartiennent et que nous ne pouvons pas valoriser immédiatement. Nous choisissons donc de les mettre à disposition d’acteurs qui se chargent de les rendre vivants», explique Benoît Quignon, directeur général de SNCF Immobilier. En effet, les quartiers y gagnent souvent en notoriété, renforcent leur attractivité en croisant les logiques du territorial et du spatial, du global et du local.

 

Le laboratoire des nouveaux usages à venir

 

Depuis une dizaine d’années, la tendance n’est plus celle d’une croissance par extension ou explosion mais par implosion. Les friches industrielles deviennent un organe vitale de la ville, et leur seconde vie prend des formes diverses : de l’incubateur de start-ups aux fermes urbaines en passant par la scène artistique et festive, toutes ces installations ont pour objectif de ramener de la vie et de l’humain dans ces espaces en déshérence. L’occasion de s’essayer à de nouveaux modes de pensée et des systèmes innovants tant dans la forme que dans le concept. Elles deviennent ainsi des éco-systèmes/laboratoires urbains qui préfigurent les usages de demain et de nouvelles façons d’expérimenter la ville.

 

Pour l’architecte Renzo Piano reconnu pour ses travaux de reconversion, cette idée de « construire sur quelque chose qui existe déjà peut aider à rendre plus intense le travail créatif ». Ces espaces mutables doivent répondre aux usages contemporains et se meuvent en terrains de jeu des projets audacieux et novateurs :

 

Friche La Belle-de-Mai : un nouveau territoire culturel et urbain

Le toit de la Friche Belle-de-Mai © Caroline Dutrey

 

Repensée en 1990, la friche Belle-de-Mai de la cité phocéenne est devenue depuis quelques années un point névralgique culturel et économique de Marseille. Cette ancienne manufacture de tabac de la SEITA a été reprogrammée en espace dédié à la création artistique mais aussi à l’innovation en accueillant des artistes résidents ainsi qu’une pépinière de start-up au sein de ses 100 000 m² exploitables. Un pari gagné pour la ville qui lui a notamment permis, en filigrane, d’accéder au rang de capitale européenne de la culture en 2013.

 

La centrale électrique de Montemartini : de la machine au musée antique

Centrale Montemartini © Riccardo Bianchini, Inexhibit, 2015

 

Le cas de la centrale électrique de Montemartini à Rome présente une reprogrammation peu commune. C’est en 1997 que l’architecte italien Francesco Stefanori transforme cet ancien espace ouvrier en espace muséal, tout en gardant de nombreuses machineries, vestiges testimoniaux d’une vie passée. Cet assemblage contemporain liant sculptures antiques et dispositifs mécaniques inusités, expose une vision moderne de la transformation.

 

 

Le Point F sur le nouveau campus de Paris Saclay

 

Le Grand Réservoir place ces enjeux contemporains au coeur de sa réflexion et voit en ces grands volumes l’opportunité d’imaginer et expérimenter de nouveaux usages à la croisée du digital, du retail, de l’immobilier et des innovations environnementales et sociétales. Au sein du nouveau campus Paris-Saclay : un espace de 5000m2 préfiguré par le Grand Réservoir en partenariat avec Grand Control. Le site du Point F, construit en 1972 à l’initiative de cinq groupes industriels (Renault, Snecma, Chausson, Télématique et Compagnie Électro Mécanique) avait pour objectif de faire évoluer des techniciens à des postes d’ingénieurs. Un acte pédagogique innovant pour l’époque, et qui se révèle au sein de la structure architecturale imaginée par Alain Lemétais. De 1986 à 2014, le lieu connaitra une deuxième vie, à la demande du ministère de l’intérieur, en transformant le bâtiment en un lieu de formation de haut niveau pour ses commissaires. En 2018, le projet conceptualisé par le Grand Réservoir s’inscrit dans la continuité de cet héritage didactique avec une programmation innovante pensée comme une plateforme d’échange et de rencontre autour du partage de la connaissance et le principal lieu de vie étudiant du nouveau campus.

Le Point F en 2017

 

La réhabilitation des friches agit comme un laboratoire et catalyseur positif pour la ville, tant économiquement que socialement. Plus que jamais, le sujet de la reconversion implique les citoyens et fascine par l’essence même de sa démarche. Alors que l’imaginaire collectif autour de la reprogrammation reste majoritairement associé aux bâtiments industriels, le challenge de notre siècle se porte en réalité sur toutes les formes de construction gares, églises, bureaux, centres de tri postal… 

 

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